La nouvelle


Nous n'irons pas

aux Îles du Rosaire


FREDERIC VITOUX


Sofitel Lisbon Liberdade


Frédéric Vitoux


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

Hélène et Robert descendirent pour diner dans la galerie de l’hôtel, que bordaient des arches de pierres en plein cintre. Sous les projecteurs, au centre de l’ancien cloître, jaillissait ce qui leur sembla être une dense forêt tropicale, avec ses palmiers géants, ses palmiers de Manille, plus graciles, ses hibiscus, ses frangipaniers et bien d’autres espèces végétales qu’ils auraient été incapables de nommer. Une femme noire et opulente, une géante, y était allongée sur un tapis de fougères, nue et tenant un fruit devant elle. Cette apparition, ils pouvaient en revanche la nommer : il s’agissait d’un bronze de Fernando Botero.

L’air était saturé de cris brefs, à deux tons, émis par des oiseaux invisibles.

Non, il ne s’agissait pas d’oiseaux, apprirent-ils peu après, mais de grenouilles d’un centimètre et demi de long, qui s’enfouissaient le jour dans la terre et émergeaient le soir pour pousser leurs cris démesurés. On les appelait des coquis.

Va pour les coquis ! Les coquis les enchantèrent et leur 


Frédéric Vitoux

semblèrent aussi mélodieux que les cigales de Provence qui font vibrer la chaleur de l’été, et qu’on ne voit jamais non plus.

A la table voisine s’installa un couple d’Américains. Elle, âgée d’une quarantaine d’années, les cheveux courts, auburn ; lui, un peu plus âgé, les cheveux qui commençaient à grisonner – et ils semblaient avoir autant d’assurance l’un que l’autre.

- Tu les reconnais ? lui chuchota Hélène.

Les Américains avaient pris le même avion qu’eux, ce matin, depuis Bogota, mais ils ne les avaient remarqués que dans le hall de l’aéroport de Carthagène, alors que défilait le tapis roulant des bagages.

Les voyageurs guettaient leurs biens avec plus ou moins d’impatience ou d’appréhension, comme on espère le gros lot ou la pêche miraculeuse. La valise dont s’empara l’Américain, une samsonite rouge, était défoncée, sa fermeture éclair à moitié ouverte, et des vêtements menaçaient de s’en échapper. A sa 


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

vue, la femme hurla, au bord de la crise de nerfs, et l’homme lui répondit avec impatience, alors qu’il était encore accroupi et repoussait tant bien que mal dans la valise les tricots ou les chemisiers qui en jaillissaient.

Se donner ainsi en spectacle !

Robert et Hélène avait souri. Ils avaient décidé que leur voyage, leur premier grand voyage depuis qu’ils avaient pris leur retraite, s’inscrirait sous le signe de la comédie. Tout commençait bien. Ils pouvaient laisser là le couple en bagarre avec leur valise défoncée et gagner leur hôtel…

Un tout autre climat régnait désormais entre les Américains. Le couple jouait les amoureux éperdus. En guise d’apéritifs, ils sirotèrent chacun un mojito. Elle feuilleta le menu avec nonchalance. Il se leva et fit le tour de leur table pour l’embrasser, pour goûter encore sur ses lèvres le citron vert ou la feuille de menthe de leur cocktail. La femme se mit à rire sans retenue. Que lui avait-il chuchoté à l’oreille ? Son visage se


Frédéric Vitoux

renversa vers l’arrière. Et sous son chemisier bleu pâle, ajouré de dentelles, tressautèrent des seins où la chirurgie esthétique avait eu son mot à dire.

Un peu plus tard, après avoir dégusté des magrets de canard aux mangues, accompagnés d’une bouteille d’un malbec argentin très convenable, Robert et Hélène leur prêtèrent de nouveau attention.

La femme ne cessait de parler, d’une voix nasillarde aux inflexions heurtées, trop soulignées, comme on le dit d’un maquillage. Mais cela n’avait aucune importance. L’homme pensait à autre chose. A la différence des coquis dans le jardin du cloître, qui ne cessaient de coasser mais qu’on ne voyait pas, l’Américain, lui, voyait sa femme mais ne l’entendait pas.

Robert remarqua aussi, un peu plus tard, une tache de gras qui luisait au-dessus de ses lèvres, et qui fichait tout le reste en l’air : le chemisier échancré, les cheveux auburn, les yeux noisette soulignés de rimmel. Impossible d’en détacher le regard. 


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

Au bout d’un moment, son partenaire se pencha au-dessus de la table et, de sa serviette, essuya avec délicatesse cette tâche de gras. La femme s’interrompit, interloquée. Mais qu’est-ce qui lui prenait ?

Dans ses mémoires, l’acteur italien Vittorio Gassman raconte qu’il avait cessé d’aimer l’une des femmes de sa vie le jour où il avait remarqué, à table, une petite miette de pain restée collée à ses lèvres, une petite miette ridicule, et qu’il n’avait plus vu que cela, le ridicule de la miette de pain, et non les lèvres, et non le visage, et non la présence de la femme qu’il idéalisait encore, une minute plus tôt.

Robert n’avait pas oublié cette anecdote. Son voisin américain passerait-il outre à la miette de pain – ou à la tache de gras, c’est la même chose ! – au-dessus des lèvres de sa compagne ? Vieilliraient-ils ensemble ? C’est peut-être cela, songea-t-il, le secret des couples qui durent : franchir l’étape de la miette de pain, ou plutôt se laisser émouvoir aussi par la miette de pain restée accrochée sur les lèvres de l’être qui partageait sa vie.


Frédéric Vitoux

*

Le lendemain matin de bonne heure, Hélène et Robert sortirent de l’hôtel, le Santa Clara, qui avait été construit, au XVIIe siècle, pour abriter un couvent de clarisses, et qu’un ami de Paris leur avait conseillé avant leur départ, les larmes aux yeux. Ils flânèrent, sans but précis, dans la vieille cité espagnole fortifiée. Plus tard, ils auraient l’occasion de la visiter. Pour l’instant, il ne s’agissait que de repérages, d’impressions fugitives, de sons, de couleurs, en vrac, sous la chaleur humide de la côte sud de la mer des Caraïbes. 

Le bleu roi, le jaune canari ou le rouge sang de bœuf des petites maisons coloniales à un étage, avec leurs balcons de bois où s’accrochaient des hamacs – le hamac, cette sublime invention propre aux pays de haute civilisation ! – dans les rues étroites et rétrécies encore par la floraison des bougainvillées mauves sous les corniches des toits ; les chevaux résignés dont les sabots résonnaient sur l’asphalte défoncé, et qui tiraient des 


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

calèches où se prélassaient des touristes, comme devaient se déplacer, aux siècles passées, les notabilités de la ville… Voilà ce qui les frappa tout d’abord, ainsi que l’épaisseur de l’air.

- Tu te souviens, demanda-t-il à Hélène, de ce petit film américain de la fin des années 40, avec Ava Gardner, qui se déroule dans une ville d’Amérique du Sud, comparable à celle-ci, baignée par la mer des Caraïbes, et écrasée de chaleur ?

- Ava Gardner et Robert Taylor ?

- Elle n’a jamais été aussi belle qu’à cette époque-là, quand son visage avait gardé encore quelque chose des rondeurs ou de la douceur de l’adolescence.

Hélène sourit. 

Ils s’étaient connus, elle et lui, dans les années soixante, à la cinémathèque de Chaillot. Elle préparait son agrégation d’espagnol. Il s’apprêtait à entrer comme avocat stagiaire dans 


Frédéric Vitoux

un cabinet spécialisé dans le droit international et la propriété artistique. Ils étaient l’un et l’autre des cinéphiles impénitents – et ils l’étaient restés.

Midi approchait. Le soleil cognait comme un malade au-dessus de leurs têtes. Sur une grande place qui avait servi autrefois de marché aux esclaves, Hélène négocia pour 50 000 pesos colombiens, à un marchand ambulant, l’achat d’un panama pour lui et d’un chapeau de paille colombien pour elle. Ce n’était pas du luxe.

- Je crois qu’il s’agissait de L’île aux complots de Robert Z. Leonard, et n’oublie pas le Z, s’il te plaît ! se rappela-t-elle un peu plus tard. Mais les décors du film étaient plutôt hollywoodiens, il me semble, genre série B de la Metro-Goldwyn-Mayer.

*

Après le déjeuner, après la sieste, alors qu’Hélène s’attardait


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

dans leur chambre à prendre des notes sur ce qu’ils venaient de découvrir et à rédiger ses premières cartes postales, Robert retrouva près de la piscine du Santa Clara l’Américain allongé, seul, sur un matelas, en conversation avec son iPhone.

Ils se présentèrent tout de même et échangèrent quelques propos. L’homme était gynécologue et vivait à Carmel, en Californie. Sa femme s’appelait Pamela Stuart.

- …Mais vous l’avez sans doute reconnue, précisa-t-il.

Robert resta perplexe.

- Pamela Stuart, l’héroïne de la série Love from Malibu.

Robert s’excusa. Il regardait si peu la télé et les feuilletons américains.

- C’était en 1990, je sais, ajouta encore, compréhensif, le gynécologue. Pour Pamela, Love from Malibu, reste son titre de gloire.


Frédéric Vitoux

- Vraiment ? Et par la suite ?

Le gynécologue hésita un instant, avant de poursuivre, assez sceptique au fond sur les talents et la carrière d’actrice de son épouse :

- Son agent, en 2007,  lui  avait demandé de gagner Carthagène, au moment du tournage du film adapté du roman de je ne sais plus qui, un type célèbre, L’Amour quand vient le choléra, quelque chose comme ça. Il lui fallait, d’urgence, remplacer une actrice défaillante qui devait jouer une cantatrice, l’une des maîtresses du héros. Un petit rôle, bien sûr, mais… Mais son départ a été annulé la veille. L’actrice défaillante n’était plus défaillante.

- Dommage ! lui dit Robert, poliment

- Pamela, en tout cas, avait une revanche à prendre et je lui avais promis que nous irions un jour à Carthagène, tous les deux. Pour découvrir aussi la mer des Caraïbes, et les Îles du 


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

Rosaire dont tout le monde parle, qui sont si romantiques, n’est-ce pas ?

Avant leur départ, Hélène et Robert avaient fait défiler, sur l’écran de leur ordinateur, des images de ces fameuses îles voisines de Carthagène, deux heures de traversée tout au plus : une eau limpide, aux reflets turquoises, des plages de sable fin en veux-tu en voilà, des cocotiers comme plantés là par le décorateur de service, des bungalows ou des paillotes, des barrières de corail, des requins et des dauphins plus ou moins apprivoisés – une beauté de cartes postales, des clichés ou des lieux devenus communs à force d’être exceptionnels, le rêve des pêcheurs, des plongeurs ou des baigneurs, et qu’ils avaient tout de même eu le désir d’approcher, même s’ils n’étaient ni pêcheurs, ni plongeurs… et si peu baigneurs !

- Après-demain, ajouta l’Américain, après les îles, je prépare une surprise pour Pamela : un dîner dans l’ancienne chapelle du couvent, pour nous deux seuls, en tête à tête. Nos dix ans de 


Frédéric Vitoux

mariage, vous comprenez ?

Robert comprenait.

- Mes félicitations, dit-il sans grande conviction.

- Pour l’instant, elle se prépare.

D’un geste de la main qui tenait son iPhone, le gynécologue américain désigna le pavillon qui surplombait la piscine, à gauche, et qui accueillait le SPA de l’hôtel.

A quoi donc se préparait-elle, sous les doigts miséricordieux des masseuses ? A s’embarquer, plus vaillante, pour les Îles du Rosaire ? A retrouver la séduction péremptoire de la starlette qui avait eu son heure de gloire, il y a un quart de siècle, dans un soap opera ? Ou l’opulence sensuelle de l’actrice qui aurait pu figurer dans le film anglais, Love in the time of cholera, tiré du roman de Gabriel Garcia Marquez ?


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

Derrière eux, des orchidées s’accrochaient aux troncs de quelques ébéniers. Des oiseaux de l’espèce maria mulata, qui ressemblaient à des pies uniformément noires et plus fines,  jouaient dans le petit bassin, se baignaient, se séchaient, s’ébrouaient – et tout indiquait qu’ils étaient heureux.

*

Le lendemain, un dimanche, Hélène et Robert se rendirent à onze heures et demie à la messe célébrée à l’église San Pedro Claver qui leur avait paru la plus belle de la ville. A l’étranger, ils aimaient ainsi, quand ils le pouvaient, assister à un office, se mêler à la population locale. 

Dans son homélie, un jeune prêtre, avec fougue, évoqua l’autorité spirituelle de Jésus, face à ses disciples. Puis il invita les fidèles qui le souhaitaient à le rejoindre au pied de l’autel et à évoquer devant l’assistance (l’église était comble) ce qui leur semblait être une juste conception de l’autorité. Une femme


Frédéric Vitoux

remonta l’allée centrale, se retourna, et, en termes très simples (Hélène traduisait à Robert au fur et à mesure), dit à l’assemblée que, chez elle, c’était son mari, le chef de famille, qui détenait l’autorité et que c’était très bien ainsi…

Après l’office, ils s’attablèrent dans un restaurant qui faisait face à l’église, sur la place. Le chef y proposait une cuisine colombienne mâtinée d’influences japonaises. Ils dégustèrent un poulet cuit dans un jus de mandarine.

- Chez nos Américains, je me demande qui commande ? s’interrogea Hélène

- Tu te poses vraiment la question ?

Ils prirent ensuite deux cafés. De Colombie, évidemment.

- On aurait dû voir tout de même L’Amour au temps du choléra, quand le film est sorti à Paris, regretta Hélène.


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

- Les critiques ont été si mauvaises ! Et la version originale anglaise devait être ridicule.

- Au moins pour les décors extérieurs.

- Les voilà, tes décors extérieurs, dit Robert, en tendant  le bras vers l’église baroque et la place, devant eux.

Dans l’après-midi, ils retrouvèrent à la réception du Santa Clara, l’Américain, seul (sa femme était-elle encore au SPA ?), qui leur proposa de se joindre à eux, le lendemain, pour la visite des îles du Rosaire.

Robert déclina l’offre avec courtoisie. Ils avaient prévu autre chose.

Heureusement que l’Américain n’insista pas, ne se montra pas trop curieux, car Robert aurait été bien en peine de lui préciser ce qu’Hélène et lui avaient déjà en tête pour le lendemain.

 


Frédéric Vitoux

*

Non, ils n’avaient vraiment aucun désir de partager l’intimité si instable (l’amour au temps des crises de nerf) du gynécologue américain et de son épouse qui avait dû être son ancienne patiente. De se retrouver confinés, auprès d’eux, à bord d’une vedette rapide en route vers les îles du Rosaire dont le décor hollywoodien ou paradisiaque – est-ce un pléonasme ? – devait s’accorder à l’héroïne oubliée de Love from Malibu.

Ils flânèrent, ce matin-là, dans un  décor « infernal » au contraire : le Palais de l’Inquisition, face à la statue équestre de Simon Bolivar, qui regroupait quelques instruments de torture destinés à l’aveu des péchés, à la contrition ou au salut des impies, adorateurs du diable et autres sorcières qui avaient eu la malencontreuse idée de s’égarer en Colombie au XVIe ou XVIIe siècle : des casques métalliques à étaux pour écrabouiller la tête, des gants pour broyer les phalanges, des tables coulissantes pour écarteler les membres et autres curiosités fort 


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

inventives. Mais l’ombre était si fraîche dans les grandes salles d’exposition du rez-de-chaussée ! « J’aime les pays où l’ombre est un besoin », disait Stendhal.

Dans le jardin du Palais de l’Inquisition, en plein soleil cette fois, trônaient un brave gibet, franc du collier si l’on ose dire, et la réplique d’une guillotine française comme vous et moi, histoire de se retrouver en pays de connaissance.

*

Hélène et Robert somnolaient, enfoncés avec béatitude dans des fauteuils en rotin, sous les arcades du cloître de l’hôtel, un thé glacé devant eux, quand revinrent des Îles du Rosaire le couple d’Américains.

Il devait être cinq heures du soir.

Le gynécologue boitait, grimaçait, le pied gauche entouré d’un volumineux pansement. L’héroïne de Love from Malibu semblait


Frédéric Vitoux

apoplectique, le visage sang de bœuf comme les petites maisons de Carthagène, et elle se déplaçait elle aussi avec difficulté, s’appuyant à chaque pas contre les murs ou au bord des tables. Ils trouvaient tout de même assez d’énergie pour s’invectiver, s’accuser des pires méfaits et s’envoyer au diable. Si bien qu’ils auraient mieux fait de gagner le Palais de l’Inquisition, avec le matériel souhaité à leur disposition.

Le directeur de l’hôtel prit l’initiative de convoquer un médecin pour les soigner, mais à peine prêtèrent-ils attention au directeur de l’hôtel. Escortés d’un maître d’hôtel, ils disparurent dans leur chambre.

Un grand calme régna de nouveau au Santa Clara, souligné par le seul ronronnement des ventilateurs. Les coquis, sous les palmiers et les frangipaniers, ne s’étaient pas encore réveillés. Placide, la géante de Fernando Botero continuait de paresser sur le ventre.


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

- Il est si facile de marcher sur un coquillage, aux Îles du Rosaire, et de se taillader méchamment le pied, dit Hélène d’un ton détaché.

- Ou de se faire pincer par un crabe.

- Un crabe, tiens, je n’y avais pas pensé, l’approuva-t-elle.

Ils dégustèrent une gorgée de thé glacé.

- Et une insolation carabinée est si vite arrivée, ajouta Robert avec autant de nonchalance. On ne se méfie jamais assez du soleil, sous les tropiques.

- Une fois dans l’eau, il n’y a pas de protections solaires qui tiennent.

- Tu crois ?

Ils finirent leur thé glacé, et ils se sentaient au comble du bonheur.


Frédéric Vitoux

 - Le réalisateur de L’Amour au temps du choléra, Mike Newell, s’était fait connaître par sa comédie Quatre Mariage et un enterrement. Ici, c’est plutôt l’enterrement d’un mariage, non ? commenta Hélène.

*

Ils firent une courte promenade, avant le dîner, le long des remparts de la ville.

Les alizés redoublaient de force. Et, le long du littoral, de rares palmiers devenus presque chauves, et courbés de rhumatisme sous la force du vent, survivaient par obstination ou par habitude.

Soudain, le soleil plongea droit dans la mer. Comme un ballon qu’on laisse tomber. A peine le temps de dire ouf.  Il faisait jour. Et puis il faisait nuit. Pas de ses patients crépuscules qui enflamment le ciel des pays tempérés. Le soir, ici, vous prenait de vitesse. Robert ne s’était pas attendu à cette vitesse, sous les


Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire

tropiques, là où il s’imaginait que tout devait être lent, indolent, sensuel – et la lenteur est l’une des formes les plus précieuses de la sensualité.

De retour au Santa Clara, ils croisèrent à la réception le directeur de l’hôtel.

- Nos Américains vont mieux, lui demandèrent-ils ?

- Rien de trop inquiétant, selon le docteur.

- Leur dîner de fête de ce soir, poursuivit Robert…

- Il n’y a plus de dîner, tout est décommandé.

- Je m’en doutais, mais…

Robert regarda Hélène, en quête d’approbation, avant de poursuivre :


Frédéric Vitoux

- Je me demandais si… si nous ne pourrions pas, pour notre anniversaire à nous…

Elle s’apprêtait à l’interrompre, il la prit de court :

- On trouve toujours un anniversaire, il y a toujours un anniversaire à fêter, et je me demandais donc si nous ne pourrions pas prévoir un dîner pour nous deux, un peu… exceptionnel, voilà, un dîner de fête ce soir, le nôtre, cela devrait être possible.

Le directeur de l’hôtel sourit.

- Oui, cela devrait être possible.

Hélène ajouta :

- Quant aux Îles du Rosaire, à la réflexion, non, nous n’irons pas aux Îles du Rosaire.


Les écrivains voyageurs
Anaïs Jeanneret
février 2017
Impressions Hongroises
Par Anaïs Jeanneret
Sofitel Budapest Chain Bridge
Lire
Ludivine Ribeiro
janvier 2017
TAMUDA BAY
Par Ludivine Ribeiro
Sofitel Tamuda Bay Beach & Spa
Lire
Olivier Weber
juin 2016
Le lézard qui pleure
Par Olivier Weber
Sofitel Legend Santa Clara Cartagena
Lire
Patrick de Carolis
mai 2016
Souviens-toi du désert !
Par Patrick de Carolis
Sofitel Dubai Jumeirah Beach
Lire
Vladimir Fedorovski
décembre 2015
La magie de Vienne
Par Vladimir Fedorovski
Sofitel Vienna Stephansdom
Lire
Philippe Jaenada
mai 2015
Hors du temps
Par Philippe Jaenada
Sofitel Luxembourg Europe
Lire
Frédéric Vitoux
mai 2015
Nous n'irons pas aux Îles du Rosaire
Par Frédéric Vitoux
Sofitel Legend Santa Clara Cartagena
Lire
Irène Frain
décembre 2014
Saudade
Par Irène Frain
Sofitel Lisbon Liberarde
Lire
Dominique Fernandez
octobre 2014
Santa Clara
Par Dominique Fernandez
Sofitel Legend Santa Clara Cartagena
Lire
Denis labayle
juillet 2014
Abidjan-Paris-Abidjan
Par Denis labayle
Sofitel Abidjan Hotel Ivoire
Lire
Patricia Reznikov
juillet 2014
Le Collectionneur
Par Patricia Reznikov
Sofitel Bruxelles Le Louise
Lire
Gérard de Cortanze
mars 2014
Quinze secondes pour mourir
Par Gérard de Cortanze
Sofitel Agadir Thalassa sea & spa
Lire
Carole MARTINEZ
janvier 2014
Rêveries à Sopot
Carole Martinez
Sofitel Grand Sopot
Lire
David FOENKINOS
décembre 2013
Le Pèlerinage de l'origine
David Foenkinos
Sofitel Berlin Gendarmenmarkt
Lire
Eric NEUHOFF
septembre 2013
Petit papa Noël
Eric Neuhoff
Sofitel Golfe d’Ajaccio Thalassa sea & spa
Lire
Emmanuelle DE BOYSSON
juin 2013
L'Énergie de Quiberon
Emmanuelle de Boysson
Sofitel Quiberon Thalassa sea & spa
Lire
Valentine GOBY
mai 2013
Syntagma
Valentine Goby
Sofitel Athens Airport
Lire
Valérie CLO
avril 2013
Le Grain de beauté
Valérie Clo
Sofitel Rabat Jardin des Roses
Lire
Franck MAUBERT
mars 2013
Novembre Basque
Franck Maubert
Sofitel Biarritz Le Miramar Thalassa sea & spa
Lire
Jean-Christophe RUFIN
janvier 2013
Trois jours avec Graham Greene
Jean-Christophe Rufin
Sofitel Legend Metropole Hanoi
Lire
Hervé HAMON
décembre 2012
Cinquième jour
Hervé Hamon
Sofitel Hamburg Alter Wall
Lire
Gilles MARTIN-CHAUFFIER
novembre 2012
Week-end à Vienne
Gilles Martin-Chauffier
Sofitel Vienna Stephansdom
Lire
Fouad LAROUI
octobre 2012
Ce qui ne s'est pas dit à Bruxelles
Fouad Laroui
Sofitel Brussels Europe
Lire
Tatiana DE ROSNAY
septembre 2012
Bel-Ombre
Tatiana de Rosnay
Sofitel So Mauritius
Lire
Patrick CHAMOISEAU
décembre 2011
L'Ultime sourire de l'Antillaise
Patrick Chamoiseau
Sofitel Paris le Faubourg
Lire
Olivier WEBER
novembre 2011
Le Marcheur du Danube
Olivier Weber
Sofitel Budapest Chain Bridge
Lire
Claude SERILLON
octobre 2011
On
Claude Sérillon
Sofitel Essaouira Mogador Golf & Spa
Lire
Frédéric VITOUX
septembre 2011
Le Masque et le dinosaure
Frédéric Vitoux
Sofitel New York
Lire
Denise BOMBARDIER
juillet 2011
La Femme qui aimait les îles
Denise Bombardier
Sofitel Bora Bora Marara Beach & Private Island
Lire
Benoîte GROULT
juin 2011
Le Jour où je suis devenue vieille
Benoîte Groult
Sofitel Munich Bayerpost
Lire
Denis LABAYLE
mai 2011
Le Concert luxembourgeois
Denis Labayle
Sofitel Luxembourg Le Grand Ducal
Lire
Tahar BEN JELLOUN
avril 2011
Un pigeon à Amsterdam
Tahar Ben Jelloun
Sofitel Legend The Grand Amsterdam
Lire
Philippe BESSON
mars 2011
Brève rencontre à Londres
Philippe Besson
Sofitel London Saint James
Lire
Patrick POIVRE D'ARVOR
février 2011
La Mort atroce de Victor Hugo
Patrick Poivre d'Arvor
Sofitel Luxor Winter Palace
Lire
Neil BISSOONDATH
décembre 2010
Good morning, monsieur Roussin
Neil Bissoondath
Hôtel Scribe Paris
Lire
Daniel ARSAND
novembre 2010
Rencontres strasbourgeoises
Daniel Arsand
Sofitel Strasbourg Grande Île
Lire
Gonzague SAINT BRIS
octobre 2010
Mais où est donc passée l'horloge du désir?
Gonzague Saint Bris
Sofitel Fès Palais Jamai
Lire
Pierre VAVASSEUR
septembre 2010
Cherche-moi
Pierre Vavasseur
Sofitel Lyon Bellecour
Lire
Jean-Marie ROUART
juillet 2010
La Fin d'un rêve bleu
Jean-Marie Rouart
Medina Essaouira Hotel Thalassa Sea & Spa
Lire
Delphine DE VIGAN
juin 2010
Week-end en amoureux
Delphine de Vigan
Sofitel Marseille Vieux Port
Lire
Eduardo MANET
mai 2010
La Fiancée de la mer
Eduardo Manet
Sofitel Agadir RoyalBay Resort
Lire
Akli TADJER
avril 2010
Retour aux sources
Akli Tadjer
Sofitel Algiers Hamma Garden
Lire
Catherine ENJOLET
mars 2010
Au balcon du ciel
Catherine Enjolet
Sofitel Rome Villa Borghese
Lire
Yasmina KHADRA
février 2010
Holm Marrakech
Yasmina Khadra
Sofitel Marrakech Palais Impérial
Lire