La nouvelle


La Fiancée de la mer


EDUARDO MANET


Sofitel Agadir RoyalBay Resort


Eduardo MANET


La Fiancée de la mer

Pourquoi Agadir ?

 

Je suis médecin. Bien plus, je suis un chercheur, un spécialiste obsédé par les maladies du sang. Toutes les maladies du sang.

J’ai réussi à faire entrer dans l’institut que j’ai créé voilà presque vingt ans celui qui allait devenir mon collaborateur principal, un « jeune espoir » qui travaillait à Zurich. Nous lui avons donné carte blanche. Car ce n’est pas tant l’argent qui comptait pour lui que la possibilité de travailler en toute liberté, sans être obligé de se plier aux directives générales définies par l’Institut.

Ni lui ni moi ne l’avons jamais regretté, depuis vingt ans que dure notre collaboration. Avec le temps, c’est devenu un ami, quelqu’un en qui j’ai toute confiance. Je l’admire et je dois avouer que je suis un peu jaloux car il continue à travailler avec le même acharnement et la même énergie qu’à ses débuts.

Suis-je devenu avec le temps plus médecin que chercheur ?


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J’éprouve davantage de satisfaction aujourd’hui à recevoir en consultation et me pencher sur des cas concrets que je ne suis féru de découvertes inespérées. Mon poste de directeur général, avec les activités administratives, diplomatiques et politiques qu’il suppose, commence aussi à me peser. Il est vrai que je n’ai pas pris de vacances depuis longtemps. Mes voyages et nombreux déplacements à l’étranger tournent toujours autour des affaires de l’Institut.

Ce matin, une immense fatigue m’est tombée dessus, comme une chape de plomb sur les épaules. Coup de blues ? Besoin de soleil ?

Cette nuit, j’ai rêvé du Maroc. En bon freudien que je suis, je connais la part de désirs refoulés qui alimente nos rêves et en constitue la matière profonde.

Allez savoir pourquoi, j’aime cette partie de l’Afrique du Nord… Sans doute parce qu’au Maroc je me suis toujours senti bien.

Ce matin pourtant – ou était-ce dans mon rêve ? –, c’est l’image d’Agadir qui s’est imposée, de façon tout à fait inattendue. Un


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ami marocain a trouvé la formule :

« Ce n’est pas toi qui es venu à Agadir, c’est Agadir qui est venue à toi. Tout est écrit. Et il faut croire au destin. »

Justement, cet ami marocain, connaissant mon goût pour l’Histoire, m’a passé un jour à Essaouira un livre passionnant : la Chronique de Santa-Cruz du Cap de Gué, autrement dit Agadir. Il s’agit d’un récit du xvie siècle écrit par un anonyme, un soldat portugais.

Je suis immédiatement tombé sous le charme de cette période de la colonisation portugaise (qui a duré très peu de temps en vérité). Santa-Cruz du Cap de Gué. Alors que les Espagnols occupaient une partie du Maroc, leurs rivaux portugais revendiquèrent leur part du gâteau. Mais quelle part ! Une côte admirable, sur fond de contreforts de l’Atlas, dont la large baie favorisait le développement du commerce, élément fondamental pour pouvoir s’implanter.

Avec la présence coloniale, un gros bourg se développe, constitué de familles portugaises et marocaines. Pour protéger 


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ces communautés et décourager toute attaque venue d’ailleurs, les Portugais érigent une forteresse autour de la ville de Santa Cruz. Mais en 1540, Moulay Mohammed, fils du Chérif du Sous, l’assiège et reprend la cité. Le soldat chroniqueur décrit avec une sobriété hallucinante la chute de Santa Cruz en 1541.

Bien des années plus tard, en 1572, Moulay Abd Allah el-Ghalib construira une casbah sur la colline qui conserve des vestiges de l’ancienne forteresse portugaise.

C’est ce livre attachant qui m’a guidé à travers Agadir. Bien sûr, je me souvenais qu’elle avait été presque entièrement détruite en 1960 par un tremblement de terre et je m’attendais à y ressentir les stigmates laissés par cette terrible catastrophe. Mais cinquante ans plus tard, Agadir semble avoir pansé ses blessures. C’est aujourd’hui une ville blanche qui rappelle certains pueblos d’Andalousie. Je ne parle pas de vision extérieure, mais de sensibilité. Je m’y suis promené à pied et en voiture, des zones résidentielles aux quartiers populaires, et j’ai été frappé par sa douceur, son rythme paisible, l’amabilité de sa population, les sourires accueillants.


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Du haut de l’ancienne forteresse, j’ai contemplé Agadir et son port où, aujourd’hui, des bateaux du monde entier viennent accoster. La ville n’a pas été abîmée par l’urbanisation sauvage et chaotique qui affecte les côtes du sud de l’Espagne. À Agadir, les hôtels se côtoient sans la moindre agressivité. Ils occupent de beaux immeubles dans des quartiers agréables. Et, de l’autre côté de l’avenue, il y a des cafés, des restaurants, des magasins, le tourisme se développe mais sans provoquer ce défilé de mauvais goût qu’on ne peut éviter sur certaines plages françaises. C’est également une ville universitaire, jeune, industrieuse et vivante.

Étrange coïncidence : je rêve du Maroc, je pense à Agadir et, ce même matin, je reçois une lettre et un paquet envoyés de Marrakech par notre ancien collègue de l’Institut, le docteur Alberto Sanchez-Cuevas, un oncologue de renom, qui nous avait quittés il y a quelques années pour parcourir le monde, rompre la routine. Et voilà que je reçois de ses nouvelles du Maroc, un pays où, explique-t-il, il n’est que de passage.

Sanchez-Cuevas m’informe qu’il se trouve confronté à une


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patiente atteinte d’une forme de leucémie rare, un cas qui lui pose problème.

« Tu le sais, l’ami… La maladie est parfois capricieuse et vous joue des tours. J’ai fait de mon mieux. J’ai pensé à toi pour prendre le relais. Je suis convaincu que tu es l’homme de la situation. »

Le paquet contient un dossier. Et ce dossier me laisse perplexe.

Alberto Sanchez-Cuevas, dans sa lettre, me demande aussi de rencontrer un homme mystérieux qu’il appelle « l’émissaire ».

« Une personne de grande qualité qui t’expliquera… l’inexplicable. Tu peux croire ce qu’il te dit. C’est un homme intègre et loyal. »

En feuilletant les pages imprimées, j’apprends que l’émissaire est un avocat diplômé des universités de Londres, de Yale et du Caire ; qu’il a étudié la philosophie pour son plaisir à la Sorbonne. Linguiste et polyglotte, c’est un homme à la personnalité complexe. Quant au personnage qu’il représente…


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très peu d’indications si ce n’est qu’il a le bras long, comme on dit. Un poulpe dont les tentacules s’étendent partout. Du pétrole par ici, des diamants par là, de l’or à profusion. Il est considéré comme l’un des hommes les plus riches de la planète.

Alberto Sanchez-Cuevas insiste sur un détail de la vie personnelle de ce potentat invisible afin que j’en prenne note.

Il avait épousé une Anglaise dont il était follement amoureux et terriblement jaloux. Aussi avait-il transformé une oasis dont il était propriétaire en véritable jardin d’Éden pour y emmener vivre sa femme adorée loin de tous. Un endroit paradisiaque tenu secret. On le disait situé quelque part dans le Sahara. En Libye. Au Maroc. En Algérie… ? Nul ne sait.

L’Anglaise adorait la mer. Pour lui être agréable, son époux avait acheté un grand bateau et tous les étés le couple partait en croisière en compagnie de leur fillette, la petite Azalée, une enfant bénie par Allah.

Chaque été, le même rituel se répétait : le luxueux yacht jetait l’ancre au large des côtes et l’Anglaise se lançait à l’eau,


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nageant des heures durant. Une excentricité qui fut l’objet de nombreuses disputes dans le couple et que l’époux finit par accepter.

« Milady n’a rien à craindre de la mer », se rassurait-il.

Quand l’épouse et mère partait pour ses longues traversées, le père et la fillette mettaient à l’eau une barque et la suivaient de loin à la rame. Elle les précédait toujours et ils adoraient la voir les accueillir, debout sur le rivage et belle comme une cariatide.

 

L’enfant avait sept ans. Cet été-là, le yacht se trouvait au sud de la Sicile. L’épouse avait plongé. Père et fille scrutaient la mer, mais ils ne la voyaient pas. Ils eurent beau balayer la côte du regard, aucune femme ne les attendait sur le rivage. Comment avait-elle pu disparaître si soudainement ?

La jeune femme avait-elle été prise d’une crampe ? Attaquée par un animal marin ? Un requin, peut-être…


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L’époux mit tous les moyens en branle pour rechercher le corps de sa femme disparue, mais la mer semblait l’avoir avalée.

La colère du veuf fut à la hauteur de son désespoir : il fit dynamiter son bateau au large de la Sicile et jura que sa fille Azalée ne verrait plus jamais la mer, cette étendue d’eau vorace qui avait fait d’elle une orpheline.

Tous les deux trouvèrent refuge dans leur oasis aux confins du désert.

Après un long deuil, l’homme retrouvait enfin paix et sérénité quand la fatalité le frappa à nouveau : une maladie insidieuse s’était infiltrée dans le corps de sa fille chérie.

 

Dans le dossier que Sanchez-Cuevas m’a envoyé, on voit la photo d’une adolescente de dix-sept ans au teint de miel, menue et svelte. Elle a des traits d’une finesse exquise. Son visage de biche est mis en valeur par le voile léger qui couvre ses cheveux. Ses yeux verts, en amande, sont d’une douceur


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infinie.

Azalée.

Mon collègue ajoute :

« Les symptômes changent, mutent. Nous sommes face à une maladie hybride à laquelle les traitements habituels ne répondent pas. Je suis découragé. »

 

Pour la première fois de ma vie, j’hésite, je pèse le pour et le contre. J’ai toutes les raisons de refuser sa proposition, mais la curiosité, le défi sont trop forts. J’envoie un message électronique à Sanchez-Cuevas.

« Tu peux fixer un rendez-vous avec l’émissaire. »

 

La rencontre se déroule dans la suite d’un des hôtels les plus luxueux de la capitale. L’émissaire me reçoit en habit


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traditionnel. Son costume et ses manières affectées ne font qu’occulter ses qualités d’homme d’affaires redoutable.

Concret, efficace, il va droit au but.

– La recherche scientifique est un gouffre financier et je sais que vous avez toujours besoin de fonds. Je propose de verser sur le compte de la fondation créée par votre laboratoire une somme d’argent conséquente qui reste à déterminer.

Soudain, l’or tombait du ciel. Et il précisa : pour ma malade, je serais seul maître à bord. Je pourrais tout demander, aucune de mes propositions ne serait jamais remise en cause.

– Mon maître vous fait une entière confiance.

– Votre maître connaît-il tant mon travail pour en avoir une si haute opinion ?

Regard en biais, sourire à peine esquissé :

– Je n’aurais pas pris contact avec vous si je n’avais été sûr que vous êtes la personne qu’il nous faut.


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Trois jours plus tard, je faisais mes adieux aux membres de mon institut.

Mon collaborateur avait les larmes aux yeux.

– Reviens vite ! Ton foyer, c’est ici !

 

L’émissaire m’avait prévenu que le voyage serait long et compliqué. Il ne mentait pas. Plusieurs heures en jeep sur une piste du désert ; une escale chez les Bédouins pour une nuit sous la tente et, pour finir, un trajet en hélicoptère, qui me déposerait dans l’oasis où se trouvait la maison du maître.

J’ai découvert ce même jour la petite clinique dont je devais prendre la tête durant mon séjour. L’endroit possédait les équipements les plus modernes et, parmi le personnel, je fus étonné de retrouver deux infirmières, un radiologue et un chirurgien qui avaient travaillé à notre institut. Ils furent un peu gênés de me voir débarquer. Loin de moi l’idée, pourtant, de leur reprocher d’avoir quitté nos laboratoires pour gagner le


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double ou le triple de leur salaire dans une lointaine région saharienne !

 

Je ne voulais pas rencontrer ma patiente tout de suite. Je m’accordai le temps d’étudier le dossier, la chronologie des examens déjà réalisés.

Je m’intéressai aussi à l’environnement de la malade. J’avais fait le tour du monde plus d’une dizaine de fois. J’avais été en contact pour des raisons personnelles ou professionnelles avec toutes sortes de gens hauts placés. Mais ce que j’allais découvrir n’était pas comparable. À commencer par ce palais-forteresse érigé au cœur d’une oasis et dont la construction avait dû mobiliser des moyens pharaoniques.

Une aile du bâtiment arrière dévoilait une série d’appartements donnant sur des terrasses, des patios agrémentés de fontaines et de quelques palmiers et grenadiers… Et entourant ces riads, des jardins foisonnant de lauriers-roses, croulant sous le bleu des agapanthes, les fleurs de daturas, aloès et cactus de toutes


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sortes, des orangers et citronniers, le jasmin et son parfum obstiné… Sans compter la suave senteur d’ambre qui accompagnait nos pas.

C’était le paradis d’Azalée, jeune fille menacée de mort lente.

Je connaissais sa taille, son poids, le nombre de ses globules rouges et blancs, l’état de son cœur, toutes les conséquences de sa maladie… L’émissaire m’avait aussi confié quantité d’images, des photos et des films amateurs en super-8 où l’on voyait la petite et sa famille à différentes époques…

 

J’ai à ma disposition une suite à l’étage supérieur du palais, une enfilade de pièces distribuant une pénombre fraîche. Le sol, en losanges et carreaux de terre cuite de différents tons, lance des éclats blonds et chauds. Dans un petit bureau attenant, les murs sont tapissés de livres anciens écrits en plusieurs langues.

Je dispose d’un lit merveilleusement confortable. J’ai un


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hammam privé et une baignoire en demi-lune. Mais le coin que je préfère entre tous est la terrasse d’où j’ai une vue assez large sur l’oasis et l’horizon de dunes.

C’est de cette terrasse que je découvre, en contrebas, le riad d’Azalée, son jardin ombragé et fleuri.

Étendue sur un canapé large et profond qui rappelle par sa forme ovale le berceau d’un enfant, Azalée lit ou écoute de la musique, un casque sur les oreilles. Parfois, elle prend un luth et se met à jouer. Des ballades anglaises. Des complaintes orientales. Les classiques italiens, Monteverdi, Scarlatti…

Curiosité professionnelle ? Exigence de médecin… ? Voilà plusieurs jours que je l’observe. Elle reste des heures immobile, le regard perdu dans ses pensées. Sur son visage, aucune trace de sa déjà longue maladie. Voyeur à demi caché derrière les troncs de deux gros palmiers, je n’ai aucun scrupule à espionner ma jeune patiente.

Azalée lit beaucoup…


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Le moment est venu de rencontrer la jeune fille.

Elle porte ce jour-là des vêtements qu’elle a dessinés, comme elle me l’expliquera : des pantalons bouffants retenus aux chevilles, une tunique aux manches amples resserrées aux poignets, et des voiles. Une savante superposition de voiles fins et légers. Je la féliciterai sur le délicat agencement des couleurs – rose pâle, jaune délavé, bleu ciel, vert jade – de sa tenue. Quand la jeune fille marche, son mouvement naturel et la brise légère provenant du murmure de l’eau soulèvent les mousselines et sa silhouette se fait oiseau, papillon, créature arachnéenne et immatérielle.

Azalée n’est jamais seule. La vieille Nouria veille sur elle jour et nuit.

– C’est une Berbère. Elle descend d’une lignée de femmes guerrières, des Amazones du désert. Chacune vaut, à elle seule, au moins dix combattants mâles.


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Nul ne saura jamais par la faute de qui Nouria avait subi l’outrage suprême. À l’âge de vingt ans, on lui avait coupé la langue. Une Amazone sans voix perd son prestige. Elle fut reléguée au fond du caravansérail avec les mules, les ânes, les chèvres, les esclaves… C’est là que la mère d’Azalée l’avait trouvée un jour et achetée à bas prix sans savoir qu’elle venait d’acquérir un trésor de fidélité, d’habileté et de courage.

– Je suis un docteur, pas un faiseur de miracles, mademoiselle.

Avec intelligence Azalée entre tout de suite dans mon jeu.

Je reçois son regard de plein fouet. Le regard de qui a déjà tout vu, tout compris, tout pardonné, tout oublié. Sans attente d’aucune sorte.

 

Mon prédécesseur avait « donné sa langue au chat ». Je décidai donc de reprendre les examens, analyses, radios et tests comme s’il s’agissait d’une enquête. J’avais pour cela besoin d’une totale coopération. Je lui expliquai ma démarche. Et,


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chaque jour, j’étais étonné de sa patience, sa bonne volonté, sa douceur. Elle ne manifestait jamais le moindre signe de mauvaise humeur. Pourtant, ses matinées étaient loin d’être agréables.

Souvent vers la fin de l’après-midi, elle m’invitait à boire un thé à la menthe et à grignoter cornes de gazelle et dattes fraîches dans son jardin. Nous parlions de tout et de rien. Elle lisait beaucoup, des romans anglais, offerts par sa mère sans doute. Jane Eyre de Charlotte Brontë, Les Hauts de Hurlevent de sa sœur Emily… De la poésie. Un recueil de poèmes de Marceline Desbordes-Valmore, les Lettres de Mme de Sévigné… Et le Coran. Un précieux exemplaire du Coran en arabe, imprimé sur vélin et recouvert de cuir de Russie qui trône sur une table au plateau en cuivre ciselé…

Nous n’évoquions jamais son enfance ni le malheur qui l’avait frappée quand elle avait à peine sept ans.

Avant sa maladie, Azalée, accompagnée de Nouria, se rendait tous les soirs dans l’autre partie de la forteresse pour dîner


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avec son père. Elle lui racontait sa journée, ses études, ses lectures et lui jouait du luth.

– Et puis un jour, je suis tombée malade…

Un sourire triste s’esquisse sur ses lèvres.

– Et je ne l’ai plus vu. Il s’est isolé… Mon père m’a envoyé un mot pour me demander de lui pardonner : c’était au-dessus de ses forces, disait-il, il ne voulait pas me voir souffrir.

 

Je parcours le résultat des nouvelles analyses et examens. Je le sais, il s’agit d’une tumeur atypique. Tout est possible, donc. Mon collaborateur a trouvé, il y a quelques mois, une nouvelle molécule susceptible de soigner les malades atteints de leucémie. Mais ce médicament n’est pas encore sur le marché. Il est en train d’être testé.

Que faire ? Sans un traitement de choc, l’état de ma patiente ne va faire qu’empirer, lentement mais sûrement. Je choisis donc


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de tout dire à Azalée et je lui explique aussi ce que nous appelons « l’effet placebo », cet effet positif qui survient même pour des médicaments sans aucun principe actif. C’est la foi dans sa guérison qui peut la sauver. 

Quand, réagissant à mes propos avec une spontanéité désarmante, Azalée me lance : « Je crois en vous, docteur ! », je me surprends à rougir.

 

L’émissaire qui suit de près le traitement en informe à son tour le père de la jeune fille.

– Je lui ai annoncé que l’état de sa fille s’améliorait, me dit-il.

– Ne crions pas victoire trop tôt. C’est un long processus. Pour le moment, oui, les nouvelles prescriptions semblent donner des résultats satisfaisants.

– Inch Allah !


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Maintenant Azalée peut se lever sans l’aide de Nouria. Elle a retrouvé l’appétit et dévore les petites brochettes d’agneau accompagnées de riz ou de semoule que la Berbère cuisine à merveille.

Azalée rit. Azalée danse en tournant sur elle-même et ses voiles déploient leur corolle autour d’elle.

Un après-midi, elle m’annonce avec un sourire d’enfant :

– Il serait temps, docteur, que je vous montre mon secret.

 

Le charme si particulier d’un palais maure réside dans ce jeu savant entre intérieur et extérieur. Les pièces sont toujours ouvertes sur des cours, des terrasses, des patios, des jardins… Les grands salons voisinent avec des petites pièces destinées à différents usages : de grands espaces pour recevoir des invités en nombre ; des salles plus modestes pour


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se réunir entre amis ; des petits coins où l’on se retire pour se reposer, lire…

C’est dans un salon couvert de tentures d’époque et de meubles incrustés de mosaïques de nacre que se trouve le secret d’Azalée : un énorme téléviseur à écran plat.

– J’ai là un film que ma mère a tourné avant ma naissance.

Elle met la cassette en marche.

On y voit des vagues, rien que des vagues.

– Elle a filmé tous les océans et toutes les mers du monde.

Nouria nous a rejoints. Elle reste debout près de la porte, en bonne chienne de garde. L’émissaire m’a averti que la Berbère portait toujours, dissimulé dans les plis de sa djellaba, un poignard long et fin comme un stiletto, capable de vous transpercer le cœur ou le poumon. Depuis ma première rencontre avec sa jeune maîtresse, le regard noir de Nouria ne m’a pas lâché une seconde. Il s’est un peu adouci quand elle a


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compris que j’étais celui par qui le bonheur pouvait arriver et Azalée, recouvrer la santé. Maintenant, elle me concocte des petits plats.

– Nouria sait reconnaître, comme moi, de quelle mer il s’agit rien qu’au mouvement des vagues… Là, c’est les Antilles, entre Cuba et la Jamaïque… Ici, l’océan Atlantique, on le reconnaît à sa couleur… Voilà la mer Égée, nous ne sommes pas loin de Malte…

Pas l’ombre d’un bateau ou d’un voilier. Seul un vol de mouettes traverse le paysage.

– Si mon père savait que je regarde ces images, il les ferait disparaître. Il hait tout ce qui lui rappelle la mort de sa femme. Je le comprends, mais j’ai hérité de maman sa passion pour la mer. Savez-vous ce que je regretterai le plus, docteur ? C’est de mourir sans avoir remis les pieds sur une plage ! Je rêve de pouvoir courir pieds nus sur le sable mouillé…

 


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Cela fait plusieurs semaines maintenant que je dîne en compagnie d’Azalée. La Berbère nous surprend chaque soir avec un menu différent. J’ai fait des progrès et j’arrive à communiquer avec elle. Elle comprend bien le français et me répond par des gestes, des mimiques qui me font rire, surtout lorsqu’elle tente de m’expliquer qu’elle nous sert la meilleure viande du pays, les moutons les plus savoureux, les agneaux les plus tendres…

Un soir, je propose à Azalée de lire et commenter des sourates du Coran. Un autre soir, c’est moi qui lui lis les poèmes de saint Jean de la Croix. Je me souviens encore de certains passages de La Nuit obscure que je lui récite.

Azalée a du mal à retenir son émotion.

– Cela me rappelle la sourate XCII… Par la nuit et son occultation… Par le jour et son illumination… Par ce qui a créé le mâle et la femelle… Plurale est votre tribulation… Celui qui donne se prémunit et tient la splendeur pour véridique… Nous lui faciliterons le bonheur éternel…


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La jeune fille me propose de l’aider à traduire en arabe Jean de la Croix qu’elle aimerait faire lire à son père.

Erreur, faute professionnelle impardonnable : je sens que je suis en train de m’attacher à ma patiente. Pis encore, je ne fais rien pour que son affection pour moi ne grandisse chaque jour. Il faut être aveuglé par un sentiment d’interdit pour ne pas remarquer les changements dans son comportement. Le carmin léger sur ses joues, le rose thé dont elle teinte ses lèvres, la poudre de khôl qui souligne ses yeux magnifiques… Sans parler du sourire de maquerelle de la Berbère lorsqu’elle nous surprend, têtes penchées l’une vers l’autre, tout entiers absorbés dans la traduction d’un vers de saint Jean de la Croix.

Mon ami de l’Institut me ramène brusquement à la réalité. Chaque semaine, je lui envoie un compte rendu des analyses et des tests faits à la clinique. C’est vrai, notre molécule tient ses promesses mais ce n’est peut-être qu’une rémission.

L’aube approche. Je suis debout sur ma terrasse. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.


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L’émissaire me reçoit. Il a abandonné son allure de diplomate, son sourire de circonstance.

– Vous faites ce que vous pouvez, docteur. L’inéluctable n’est pas un échec. Si telle est la volonté d’Allah…

– Il faut que je parle au père d’Azalée, lui dis-je.

L’émissaire lève les bras au ciel.

– Il ne va pas bien. Que Dieu le garde ! Je vais faire tout mon possible pour vous aider.

 

Trois jours plus tard, le seigneur me reçoit du fond de son lit, enveloppé dans une couverture malgré la chaleur. Il fait sombre dans la pièce et pourtant il porte des lunettes noires.

Azalée m’avait décrit son père comme un bel homme, sa fière allure de cavalier, son visage noble, ses cheveux noirs crépus qui s’étaient mis à grisonner à la mort de sa femme, et je me retrouve devant un vieillard émacié, cheveux rare et barbe


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blanche. D’une voix caverneuse, il s’excuse de ne pouvoir se lever pour me recevoir comme je le mérite.

– Le destin s’acharne contre moi… Dites, combien de temps lui reste-t-il à vivre ? Quelques semaines ? Quelques mois ?

– Nous avons commencé un nouveau traitement… Elle a repris des forces. Pour le moment. Mais… puis-je me permettre une requête, monsieur ? Il y a un cadeau que vous pourriez lui faire. Le plus beau de tous les cadeaux.

– Je ferai tout pour son bonheur.

– Permettez-lui de revoir la mer. La joie est le meilleur de tous les antidotes.

S’est-il endormi derrière ses lunettes noires ? Après un lourd silence, il murmure dans un souffle :

– Je la remets entre vos mains. Inch Allah !

 


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Je m’étais fait envoyer le texte de saint Jean de la Croix en espagnol dans une édition ancienne publiée à Madrid après la mort du poète. Il est arrivé juste à temps.

Le sourire radieux d’Azalée lorsqu’elle prend le livre et caresse la couverture un peu maltraitée par le temps ! Vivo sin vivir en mi… Y tan alta vida espero… Que muero porque no muero…

– Quel beau cadeau ! s’exclame-t-elle.

– Et ce n’est pas le seul. J’ai parlé à votre père.

Elle porte la main à sa bouche pour réfréner un petit cri.

– Quand ?

– Ce matin même. Je lui ai expliqué que le plus grand bonheur pour vous serait de revoir la mer.

Elle ferme les yeux, prend appui sur le bras du fauteuil comme si elle n’avait pas la force d’en entendre plus.

– Et qu’a-t-il dit ?


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– Il me charge de vous y conduire.

Azalée reste figée sur place, puis se lève d’un bond.

L’oiseau blessé prend son essor et retombe dans mes bras.

La Berbère traverse la pièce sans bruit, pieds nus, comme d’habitude. Puis elle referme doucement la porte derrière elle, en signe de consentement.

 

C’est donc dans cette douce ville d’Agadir que j’avais beaucoup aimée au cours de mon premier voyage et dans cet hôtel à l’élégance française où je m’étais tout de suite senti bien que je décidai de loger Azalée et Nouria.

J’avais fait en sorte que nous arrivions à la tombée du jour. Le soleil commençait à décliner, la marée était basse, la baie brillait comme un miroir en demi-lune où se reflétaient les couleurs du couchant. Pendant quelques minutes, elles se livrèrent une sanglante bataille : le vermillon virant au carmin, le


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bleu marine rivalisant avec le violet, l’orange se coulant dans le rose et le mauve… Jusqu’à ce que l’astre roi disparaisse dans la mer, engloutissant ses derniers feux.

Nouria avait marché vers le rivage pour se tremper les pieds dans l’eau. Azalée était silencieuse. Je la tenais serrée contre moi pour la protéger du vent du large. Son corps tremblait de joie, d’émotion, de chagrin peut-être. Elle la revoyait enfin, cette mer qui était à la fois sa joie et son plus grand malheur !

La chambre de Nouria se trouvait à côté de la nôtre, séparée par une porte. J’avais demandé une pièce en plus qui me servait de bureau pour correspondre avec mon collègue de l’Institut.

L’été commençait à peine et les clients étaient peu nombreux.

J’accompagnais Azalée à la plage tôt le matin et nous faisions de longues marches le long du littoral. Parfois je louais un bateau pour faire des promenades. Ou nous restions assis au bord de l’eau à contempler l’horizon en parlant de notre traduction des poèmes de Jean de la Croix. Les grands rouleaux de vagues de l’Atlantique et la température fraîche de


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l’eau empêchaient Azalée de nager comme elle l’aurait souhaité. Mais le soir, avant le dîner, elle prenait possession de la piscine. Nouria et moi montions sur le pont pour admirer son corps de sirène glisser dans l’eau comme dans son élément naturel.

 

Cela faisait plus d’une semaine que nous vivions un enchaînement d’instants délicieux, de joies partagées et de moments de tendresse comme je n’en avais jamais connu.

Un soir, au crépuscule, la voix d’Azalée recouvre le bruit des vagues :

– Combien de temps me reste-t-il encore ? Je veux dire… avant de perdre cet élan de vie que tu m’as donné ?

Nous n’avions jamais évoqué sa maladie ou sa mort d’une manière aussi directe. Mais là, face à la mer, sa question prenait une nouvelle dimension.


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– C’est impossible à dire. On se trompe toujours dans les pronostics. Mon équipe travaille sans relâche pour essayer de trouver la molécule qui pourra stopper la progression de ta maladie. Tu sais bien que tu es une petite personne très spéciale qui ne fait rien comme les autres…

Azalée se retourna vers moi, plongea ses yeux dans les miens, passa un bras autour de mon cou et me dit à l’oreille :

– Chaque jour que nous passons ensemble est une éternité.

Je la serrai très fort contre moi.

– Il faut croire au miracle…

– Qui sait ? Veux-tu que je te dise ? Le jour où je me suis inscrit à la faculté de médecine, j’ai décidé que j’avais perdu la foi. Un scientifique croit à la science et non pas aux miracles. Eh bien, hier matin…à l’aube, pendant que tu dormais, je me suis surpris à prier de toutes mes forces… J’ai prié avec une ferveur que je n’avais jamais ressentie ! J’ai prié pour que le miracle se produise ! J’ai prié pour toi, Azalée, pour que tu vives !


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Azalée allait avoir dix-huit ans et depuis une semaine nous réfléchissions aux préparatifs de la fête. Elle m’avait confié un rêve qu’elle faisait depuis toute petite : « Souvent je vole dans mes rêves, je vois la terre d’en haut… Ce serait beau de voir Agadir, les villages et collines du Haut Atlas ! »

Le jour de son anniversaire, je lui fis la surprise. J’avais loué les services d’un hélicoptère et nous avons survolé la ville et le port. Azalée riait aux éclats en voyant Nouria, qui s’était farouchement opposée à cette idée, courir en bas sur la plage, en agitant les bras pour nous sommer de redescendre.

L’après-midi, le docteur exigea que sa patiente fasse une longue sieste. Puis il me fallut servir d’intermédiaire pour ne pas offenser l’excellent cuisinier de l’hôtel car Nouria tenait à préparer elle-même le repas d’anniversaire de sa maîtresse. Brochettes de kefta et de poisson, semoule aux oignons et raisins secs, briouats aux œufs, tajine d’agneau aux aubergines, salade d’artichauts et d’oranges… Les plats


Eduardo MANET

qu’Azalée préférait…

 

Nous soupons à la lueur des bougies dans le petit salon qui ouvre sur le patio. Pour donner plus d’éclat à cette cérémonie, j’ai revêtu un smoking d’été : pantalon noir, veste blanche et nœud papillon. Nouria a mis sa tenue « des grands jours », une superbe djellaba incrustée d’or, et elle croule sous les bijoux, colliers d’argent rehaussés d’émaux et bracelets en forme d’anneaux. De grandes et lourdes boucles pendent à ses oreilles. Azalée quant à elle nous a réservé une tenue qu’elle a fait coudre dans le souk : une robe blanche vaporeuse à manches amples. Quand elle lève les bras, on dirait qu’elle déploie ses ailes.

– Me voilà mouette pour de bon !

Après le dîner, nous passons dans un autre salon. Alain, le très compétent maître de cérémonie, a fait venir pour nous un quartette de jazzmen américains, en tournée dans la région.


La Fiancée de la mer

Assise sur un fauteuil royal un peu raide, Nouria lutte contre le sommeil. Après quelques tours de danse, je comprends qu’Azalée, fatiguée par la soirée, tient à peine debout.

Alors l’étrange trio que nous formons se replie, traversant les grands couloirs de notre merveilleux hôtel français rebaptisé par moi Paradise Palace. L’Amazone berbère ouvre la marche, cliquetante de bijoux, suivie d’un élégant docteur aux cheveux poivre et sel emportant dans ses bras une mouette endormie…

 

Il est deux heures et demie du matin. Je corresponds par Internet avec mon collaborateur. L’ambiance n’est pas très bonne à l’Institut. Mon absence dure depuis plus de trois mois et je suis incapable de décider d’une date de retour. Les meilleurs chercheurs ont délaissé leur poste pour ne plus s’occuper que du cas de « la jeune fille de l’oasis ». Mon collaborateur me dit sur le ton du reproche :

« Je ne comprends pas ce qui t’arrive. Es-tu menacé de mort ? T’offre-t-on tellement d’argent que tu n’oses pas me dire ce qui


Eduardo MANET

te retient dans ce désert, auprès de cette fille malade ? »

La réponse tarde à venir, puis je lâche :

« Je l’aime. »

J’éteins l’ordinateur. Je n’ai pas la force de bouger. Je me serais endormi sur place si des coups répétés et violents dans la porte ne m’avaient fait bondir. Nouria, en chemise de nuit, le crâne nu (habituellement caché sous un fichu), gesticule, émettant des borborygmes désespérés et désignant la porte de ma chambre où Azalée est censée dormir.

 

La porte est grande ouverte. Le lit n’a pas été défait. Jetée dessus, une feuille avec l’écriture penchée de la jeune fille.

« Docteur, pardonnez votre malade devenue capricieuse le jour de ses dix-huit ans. Je prends un bain de mer. Azalée »

Et en post-scriptum :


La Fiancée de la mer

« Ne te fâche pas mon amour ! »

 

Je cours prévenir le gardien de nuit qui, à son tour, réveille les employés. On allume toutes les lampes, tous les projecteurs qui se trouvent le long de la plage de l’hôtel.

Soudain, sur ce pan de côte dans la baie d’Agadir, la nuit se transforme en jour. Des projecteurs puissants balayent l’horizon. Au lointain, comme une graine dans l’océan, Azalée danse sur les flots. Des petites vagues courtes et nerveuses la couvrent et la découvrent par intermittence et, à chaque apparition, l’oiseau blanc bat des ailes. Elle donne l’impression de voleter, de jouer avec les vagues.

Mouette. Fiancée en robe blanche.

The sea’s bride.

La novia del mar.


Eduardo MANET

La fiancée de la mer.

J’avance vers le rivage. C’est marée haute. Nouria court chercher des draps de bain et couvertures. Le jeune employé de l’hôtel chargé de surveiller la plage s’approche à son tour.

– Vous avez besoin d’aide, monsieur ?

– Non. Tout va bien. J’en ai maintenant la conviction : les miracles existent, et je vais rejoindre ma fiancée.

Je me jette à l’eau.

Azalée nage vers moi et je nage vers elle dans les flots noirs, sous le ciel étoilé, dans la baie d’Agadir.


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